Subject: Même_le_Figaro...
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http://blog.lefigaro.fr/hightech/2008/06/pourquoi-la-loi-sur-le-telecha.html (Who's computer is this?)
Pourquoi la loi sur le téléchargement fait débat ?
La loi Albanel changera-t-elle quelque chose au téléchargement illégal ? La
question est posée. Et la réponse plutÎt négative. Revenons sur un débat
complexe.
1. Une naissance dans la douleur
Majors du disque et sociétés de producteurs luttent depuis des années contre
le phénomÚne du téléchargement illégal, quâils accusent de tuer leur secteur
à petit feu, sans parvenir à lâendiguer. Que faire face à un phénomÚne qui
concerne une dizaine de millions de personnes en France ? Surtout lorsque
les technologies permettant les échanges de fichiers ne cessent dâévoluer,
bien plus vite que lâarsenal législatif, même si celui-ci sâest étoffé. On
se souvient notamment de la loi DADVSI, votée dans la douleur fin 2005.
Fin novembre dernier, les professionnels de la musique et de lâaudiovisuel
signent les «accords de lâElysée». Ils sâentendent principalement sur une
notion, que propose Denis Olivennes, ancien patron de la Fnac â devenu
depuis celui du Nouvel Observateur, dans un rapport : la riposte graduée.
Jusquâici, télécharger était un délit pénal, passible de trois ans dâemprisonnement.
Et la loi nâétait donc jamais appliquée, ou presque. La riposte graduée
préconise dâabaisser les délits pour les pirates «ordinaires», qui
téléchargent pour leur usage personnel sans en faire commerce, qui ne
risqueront quâune simple amende.
2. Une loi qui consacre la riposte graduée
La loi quâa présentée Christine Albanel en conseil des ministres mercredi
est basée sur cette idée simple : il faut dissuader. Elle instaure donc une
Haute autorité pour la diffusion des Åuvres et la protection des droits sur
Internet, en abrégé Hadopi. Cette instance composée de magistrats aura la
haute main sur la répression du téléchargement. En pratique, elle agira sur
dénonciation des ayants-droits, donc des majors du disque et de lâaudiovisuel,
qui auront communiqué les adresses ip des internautes fautifs aux
fournisseurs dâaccÚs.
Elle enverra ensuite à tout internaute pris en flagrant délit un premier
avertissement par mail. (la ministre prévoit plusieurs milliers dâenvois par
semaine). En cas de récidive, ce sera une lettre recommandée. En cas de
troisiÚme infraction, lâinternaute risque une suspension de son accÚs Ã
Internet pour une durée de 3 mois à 1 an. Qui pourra être réduite à un délai
de 1 à 3 mois sâil sâengage par écrit à ne plus télécharger et à ne pas
contester la sentence.
Petit bémol, cependant : la loi n'empêche pas les ayant-droits de porter
plainte au pénal contre le "pirate", qui pourrait donc subir une "double
peine" : amende et privation d'Internet. Pour Christine Albanel, "les
acteurs économiques n'y auraient pas intérêt". Mais cela reste à voir.
La ministre estime que ces mesures devraient permettre de «réduire de 70% Ã
80%» le téléchargement illégal en France. Pour un coût non négligeable,
puisque lâensemble du dispositif devrait revenir à 15 millions dâeuros par
an.
Du moins si la loi reste la même aprÚs son examen par les parlementaires. Ce
qui paraît douteux, dans la mesure où les nombreuses critiques émises par
différents organismes ouvrent la voie à de nombreux amendements.
3. De nombreuses critiques
Car le texte comporte un certain nombre de failles et de points litigieux,
qui expliquent quâelle ait été critiquée successivement par la Cnil
(commission nationale informatique et libertés), le Parlement européen, lâArcep
(autorité de régulation des télécoms) et le Conseil dâEtat, qui a sévÚrement
amoché le projet de loi. Pour diverses raisons.
Cnil comme Parlement européen pointent des atteintes multiples aux libertés
individuelles. Notamment dans le fait dâinterdire un accÚs à Internet, mais
aussi dans lâétablissement par lâHadopi dâun fichier des internautes
coupables. LâArcep, elle, note la contradiction entre lâobligation faite aux
fournisseurs dâaccÚs de fournir un «accÚs ininterrompu aux services dâurgences»
et lâordre qui pourra leur être donné de suspendre un abonnement.
Quant au Conseil dâEtat, ses réserves sont multiples : dâune part, un
problÚme constitutionnel : confier à une autorité administrative (lâHadopi)
des pouvoirs judiciaires est litigieux. En principe, seule lâautorité
judiciaire (les tribunaux de police, correctionnels, dâinstance, de grande
instanceâŠ) est habilitée à prononcer des sanctions judiciaires.
4. Une loi inefficace ?
Dâautres points posent question dans le projet de loi présenté par Christine
Albanel. Notamment celui-ci : le principe est que câest, en théorie, à celui
qui a souscrit un abonnement à internet dâen assurer la surveillance. La
ministre lâa donc confirmé : un lieu public ou collectif qui serait
identifié comme étant à lâorigine de plusieurs téléchargements illégaux
pourrait se voir couper son accÚs internet au même titre quâun utilisateur
individuel.
Les propriétaires de hot spots (accÚs gratuits) Wi-Fi ou de cybercafés
doivent donc sâattendre à des représailles. Certes, les utilisateurs
pourront utiliser les moyens mis en place par les FAI pour bloquer les sites
de téléchargement. Mais dans ce cas, les contenus téléchargeables légalement
(il y en a, par exemple les mises à jour de World of Warcraft se font via
torrent) seront également bloqués.
Autre question, celle des offres «triple play» : Internet, téléphone et
télévision. La loi précise que la coupure ne concernera que lâInternet. Mais
en pratique, il est complexe de couper uniquement lâaccÚs au web sans
toucher à la télévision et au téléphone via IP.
Restent deux points techniques : dâune part, les FAI, Ã qui il appartient de
«filtrer» le réseau et de dénoncer les internautes coupables de
téléchargement jurent quâils ne sont pas en capacité de le faire. Ensuite,
et câest lâun des points les plus négatifs, lâhistoire de la guerre entre
pirate et majors a toujours conduit les premiers à évoluer vers de nouveaux
logiciels, de nouveaux réseaux, de nouvelles techniques.
La loi Hadopi semble en effet essentiellement viser les utilisateurs de
logiciels comme Emule ou Kazaa⊠Alors quâaujourdâhui, les internautes les
plus chevronnés se tournent vers les systÚmes utilisant la technologie des
Torrents, plus difficile à localiser. Voire vers des sites offrant des
espaces de stockages de fichier comme RapidShare, VapShare et autres. Ou
même vers des sites diffusant des contenus en streaming, quâon peut donc
visionner directement sans avoir à télécharger. Or la loi ne prévoit rien
contre ces nouvelles technologies. En outre, gageons que les pirates
sauront, comme ils l'ont toujours fait, trouver des parades techniques
(réseaux anonymesâŠ) aux nouveaux interdits.
5. Pas de réponse au problÚme de fond
Au-delà de ces critiques, on peut également sâinterroger sur la pertinence dâune
réponse législative et répressive à un phénomÚne de fond, que rien ne semble
pouvoir arrêter. La «contrepartie» souhaitée par Christine Albanel en
échange de sa loi est que les majors fassent des propositions de
téléchargement payant plus intéressantes, notamment en enlevant les DRM, ces
systÚmes qui restreignent lâusage dâun fichier téléchargé légalement. Cela
suffira-t-il, à lâheure où des sites comme Deezer permettent dâécouter de la
musique gratuitement et presque à volonté, avec lâaccord des majors dâailleurs
? Les industries de contenus sont confrontées à une révolution quâun loi ne
suffira pas à arrêter et risque de ne même pas ralentir.
Par Samuel Laurent le 18 juin 2008 17h02
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"Entre le chagrin et l'oubli je choisis le chagrin."
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